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1851

LA JOUISSANCE TARDIVE

Sébastien-Roch-Nicolas CHAMFORT

Je te disais : « Cloé, prends mes leçons, prends-moi ; Tu ris : de nos beaux jours il n’est qu’un seul emploi ; Use de ton printemps : chasteté, c’est vieillesse, Pour les femmes surtout. » Cloé ne m’a point cru ;

Les roses de son teint, hélas ! ont disparu : Elle connaît l’erreur de sa triste sagesse. Moins belle et plus sensible, au midi de ses ans, Elle ressent l’injure et le bienfait du temps.

Elle gagne, elle perd, et compte avec son âge. Plus de fête : elle fuit les vains amusemens ; Il lui faut des plaisirs et non des passe-temps. Le passe-temps l’ennuie, un soupir la soulage ;

Pensive, son miroir, moins entouré d’amans, Lui parle du passé, lui dit : « C’est bien dommage ! » Un désir inquiet le lui dit davantage. J’ai vu tomber sur moi ses regards languissans.

J’ignore si je plais ; je vois que j’intéresse : Sa longue indifférence est un poids qui l’oppresse. A mes vœux négligés elle accorde un regret, Ses sens aident son cœur à trahir son secret ;

Son repentir tardif ressemble à la tendresse. « Ma Cloé, jouissons : près de toi ranimé, Mon cœur, mes souvenirs te rendent ta jeunesse ; Donne-moi ce que j’aime, ou bien ce que j’aimai. »

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