J’ai fui loin de la ville, Ariste, et pour jamais :
J’ai vu votre surprise, et je vous la pardonne.
Quitter Rome et ses jeux, son cirque, son palais !
Tout Romain de nos jours, en pareil cas, s’étonne.
Écoutez mes raisons ; vous jugerez après.
Dans Rome, l’or payait mon étroit domicile :
Sans frais, j’ai dans les champs agrandi mon asile.
Une cendre économe, en mon humble foyer,
Réprimait la chaleur d’un ruineux brasier :
Ici la flamme brille, et le chêne et le hêtre
Pétille impunément dans un âtre champêtre.
Chez vous, à chaque pas, ma bourse décroissait ;
Chacun de mes besoins, vivre m’appauvrissait :
Du luxe de mon champ ma table est décorée ;
De mon rustique habit j’admire la durée.
Pour chercher vos plaisirs et quelquefois l’ennui,
On me vit me contraindre et dépendre d’autrui ;
Je dépens de moi seul pour être heureux et sage,
Et j’ai fait loin des cours ma fortune au village.
Cultivez donc les grands : demandez-leur en vain,
Ce qu’en changeant de lieu vous obtenez soudain !