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1851

CALCUL PATRIOTIQUE

Sébastien-Roch-Nicolas CHAMFORT

Cent mille écus pour la justice ! Deux cents pour la religion ! Prêtres, juges, la nation Surpaie un peu votre service.

Mais aussi, vous craignez, dit-on, Qu’habilement on ne saisisse Cette attrayante occasion D’opérer, par suppression

De maint office et bénéfice, Quelque bonification : Et vraiment, vous avez raison, Plaise au ciel qu’on y réussisse !

Croire et plaider sont deux impôts Que tout peuple met sur lui-même ; Aux dépens des heureux travaux De Bacchus et de Triptolême ;

Croire et plaider sont deux besoins De notre mince et folle espèce, Que la France, dans sa détresse, Tâche de satisfaire à moins.

De nos jours la philosophie A porté quelqu’économie Dans la dépense du chrétien. Mettons de côté l’autre vie :

Ce qu’on perd en théologie, En finance on le gagne bien. L’américaine prud’hommie Croit très-peu pour ne payer rien.

Que dites-vous de ce moyen ? Il est bien fort pour ma patrie ; Mais elle y viendra, je parie. En attendant un si grand bien,

Je me console, en citoyen, Des malheurs de la sacristie. Courage ! allons, mes chers Français, Méritez un second succès :

Attaquez cette autre manie : Émondez l’arbre des procès ; Et mettant de même au rabais De messieurs l’avare industrie :

Économisez sur les frais De la seconde maladie, Dont nous ne guérissons jamais.

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