J'aime souvent, l'œil perdu dans l'espace, A remonter l'échelle d'or du temps ; Je vois alors, comme une aube qui passe, L'éclair serein de mes premiers printemps.
Et j'aperçois la pauvre maisonnette Où je naquis et coulai d'heureux jours, Les beaux enfants à la figure honnête Qui me juraient de m'estimer toujours !
Nous descendions la pente de la vie, Insoucieux des heures à venir ; Et pensions, dans notre étourderie, Que le bonheur ne peut jamais finir !
Hélas ! pourtant (penser qui me chagrine) Dieu moissonna mes amis tour à tour… Je m'inclinai devant sa loi divine, Car je compris pour l'enfant son amour.
Huit ans plus tard, je rencontrai vos frères ‒ Que le hasard sur ma route avait mis ‒ En entendant leurs paroles sincères, Je m'écriai : soyons toujours unis !
Leur amitié fut l'écho de la mienne : Nous étions faits, je crois pour nous aimer ! Et leur gaîté ‒ leur gaîté canadienne ‒ Sut de tout temps me plaire et me charmer.
Souvent le soir, aux lumières de l'âtre, Nous prenions part à des festins joyeux, Où notre esprit, ironique et folâtre, Faisait la guerre aux sujets sérieux !
Oui, nous fêtions à la bonne franquette, Comme fêtaient nos aimables aïeux ; Nous nous moquions de l'absurde étiquette Que le mondain s'impose en certains lieux.
Vous étiez jeune alors, mademoiselle : L'on vous montrait encor le bé-A : ba ! Vous ne rêviez que poupée et dentelle, Que ruban rose et succulent baba…
Mais, aujourd'hui, (Dieu, que le monde change !) Vous n'êtes plus la « p'tite » d'autrefois ; Vous possédez la sagesse d'un ange ; Vous êtes grande et savante à la fois !
Vous avez eu ‒ superbe récompense ‒ A l'examen une médaille d'or : C'est le fruit mûr d'une belle semence, Oh ! gardez-la, comme on garde un trésor !
Sur votre front rayonne l'allégresse : Rendez-en grâce au divin Créateur ; Demandez-lui, pour unique richesse, D'éterniser en vous tant de bonheur !
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