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1892

LE FAUBOURG SAINT-ROCH

Jean Baptiste CAOUETTE

Le vieux faubourg Saint-Roch s'incline sur le bord De l'anse sablonneuse où le Saint-Charle endort Son flot bleu qui palpite ; C'est là que la vertu romaine vit toujours

Et que sa mâle voix ‒ sa voix des anciens jours ‒ Parle à des cœurs d'élite ! C'est là que Cartier vint, pour la première fois, Ennoblir notre sol en y plantant la croix

Sous l'ombrage des hêtres ; C'est là que sont empreints les pas des découvreurs, C'est là qu'ont abordé nos vaillants laboureurs Avec nos premiers prêtres !

C'est là d'où sont partis ces humbles conquérants Qui portaient à travers forêts, monts et torrents La parole bénie A l'enfant des déserts que la foi réclamait…

C'est enfin le berceau grandiose où germait La noble colonie ! J'aime ce vieux faubourg coquet et florissant, Où le riche à sa table accueille le passant

Qui demande une obole ; Car c'est là que s'exerce avec simplicité La bienfaisante loi de l'hospitalité Qui ravit et console !

Oui, je t'aime, ô Saint-Roch ! A ton passé rêvant, Parfois je crois ouïr un poème émouvant Dans la rumeur de l'onde Où se mirent les toits de la fière cité

Dont l'immortel Champlain devina la beauté Qui charme le Vieux-Monde ! Je t'aime ! car je sais qu'à l'ombre de la croix Vaillamment tu luttas pour défendre nos droits

Contre le despotisme ; Et qu'en toi bat le cœur de notre nation ; O boulevard béni de la religion Et du patriotisme !

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