Vous qui coulez une douce existence Dans cette ville où tant de malheureux Mangent le pain amer de l'indigence, En ce beau jour, ah ! soyez généreux !
Entendez-vous frapper à votre porte ? Allez ouvrir à l'enfant matinal Qui, plein d'espoir, fidèlement vous porte, Avec ses vœux, la chanson du journal.
Il n'est pas grand, néanmoins il est homme Par le courage et surtout par l'honneur. En le voyant, l'abonné le surnomme Le messager de joie et de bonheur.
Mais il est pauvre, et s'en fait une gloire, Voulant sans doute imiter le Sauveur ! En quelques mots il conte son histoire Dont le récit émeut tout noble cœur !
Regardez-le : son petit corps frissonne Sous les baisers de la neige et du vent ; Hélas ! il n'a, pour l'hiver et l'automne, Qu'un mince habit raccommodé souvent !
Malgré le froid, il marche sans relâche Pour obéir à la voix du devoir ; Et rien ne peut le ravir à sa tâche Tant qu'il lui reste un souscripteur à voir !
Ah ! n'est-il pas (douloureuse pensée) Le seul appui d'un infirme vieillard, Qui, sous le toit de sa hutte glacée, Souffre en levant vers le ciel son regard ?…
Et ce vieillard ‒ sublime prolétaire ‒ Jadis peut-être a vaillamment lutté Contre les fils de la fière Angleterre Pour notre langue et notre liberté…
O Canadiens, en ce jour d'allégresse, Prêtez l'oreille aux soupirs du porteur ! De ses parents soulagez la détresse, Il vous supplie au nom du Créateur !
Donnez-lui donc cette part du bien-être Qui sert parfois à votre vanité ; Et dans vos cœurs alors Dieu fera naître Les purs rayons de sa félicité.
Cookies on Poetry Cove