Le ciel n'a plus d'azur ; l'atmosphère est de glace ;
La splendeur du soleil pâlit de jour en jour ;
Sur l'arbre dépouillé que le frimas enlace,
L'oiseau ne redit plus sa romance d'amour.
La nature a souillé la robe éblouissante
Qui parait les coteaux de ses replis soyeux ;
Les fleurs ont disparu ; l'abeille vigilante
Ne dore plus nos bois de son miel savoureux.
Les torrents écumeux, grandis par les orages,
Font retentir les airs de lugubres sanglots ;
Et, bondissant soudain par dessus les rivages,
Dévastent les moissons de leurs terribles flots.
Quand tu parais, automne, aussitôt la tristesse
Sur notre front serein pose son noir bandeau ;
Tu viens ravir aux champs leur brillante jeunesse,
Tu nous donnes des jours sombres comme un tombeau !
Au vieillard que les ans inclinent vers la tombe,
Et qui plonge son cœur aux sources des plaisirs,
Tu dis : « Lève la tête, et vois ce fruit qui tombe,
Ainsi tu tomberas avec tes vains désirs… »
L'automne, de la vie est la fidèle image :
Les jours calmes et doux sont nos jours sans remords ;
Les bosquets dénudés rappellent le vieil âge ;
La neige et les frimas, le blanc linceul des morts !…
Eh bien ! puisque l'automne en souverain commande,
Inclinons tous nos fronts devant sa majesté ;
Car sa voix est l'écho de Dieu qui réprimande
Ceux qui ne pensent pas à leur éternité.