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1892

CHANT D'ADIEU

Jean Baptiste CAOUETTE

Entendez vous ce glas, sombre harmonie Qui cause à l'âme un douloureux transport ? C'est le sanglot d'un frère à l'agonie Qui lutte en vain contre l'avide mort !

Naguère au banquet de la vie Il renaît place avec honneur, Et sa figure épanouie Semblait refléter le bonheur.

Ivre d'amour et d'allégresse, Il savourait mille désirs, Quand soudain la mort vengeresse Vint mettre un terme à ses plaisirs !

En lui dérobant la lumière La mort lui dit en triomphant : « Ton corps deviendra la poussière Que foule le pied du passant !

« Avant que tes lèvres soient closes Fais entendre ce dernier cri : Adieu, plaisirs et rêves roses ! Adieu, monde que j'ai chéri ! »

Mais une voix enchanteresse Lui glisse à l'oreille ces mots : « Je suis la grâce et la tendresse, Je soulage et guéris les maux.

« Regrette et confesse tes crimes ; Combats Satan avec fierté ; Je donne aux âmes magnanimes La bienheureuse éternité ! »

Ah ! chrétiens, prions pour ce frère Qui nous a dit un triste adieu, Et croyons que notre prière Attendrira le cœur de Dieu !

Entendez-vous les sons mélancoliques Que l'orgue mêle au glas mystérieux Joignant nos voix à ces voix angéliques, Pour notre frère intercédons les cieux !

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