Te souvient-il de ces jours éphémères
Où le bonheur dorait notre chemin,
Où nous causions sous les yeux de nos mères,
Cœur près du cœur, et la main dans la main ?
En souriant, tu m'appelais ton frères ;
Je te nommais avec plaisir ma sœur.
Puis un matin ‒ réminiscence amère ‒
Tu me laissas en proie à la douleur…
Blanche te souvient-il ?
Blanche te souvient-il ?
Tu t'envolas vers la rive de France,
En me disant : « Je ne t'oublierai pas ;
J'adoucirai ta brûlante souffrance
En t'écrivant quand je serai là-bas ! »
Et je suivis des yeux la blanche voile
Qui t'emportait dans le lointain brumeux ;
Je priai Dieu d'allumer cette étoile
Qui mène au port le voyageur heureux.
Blanche te souvient-il ?
Blanche te souvient-il ?
Tu m'avais dit qu'avec les hirondelles
Tu reviendrais pour ne plus me quitter…
Le printemps brille, et les oiseaux fidèles
Sont revenus sous mon toit s'abriter.
Toi seule, hélas ! ô ma tendre colombe,
Ne voles pas à mon parterre en fleur ;
Le ciel a-t-il ouvert pour toi la tombe,
Ou bien le temps a-t-il fermé ton cœur ?…
Blanche te souvient-il ?
Blanche te souvient-il ?