Drapé dans son manteau de verdure odorante, En face de Québec, de l'Île de Lévis, Beauport baigne ses pieds dans l'onde murmurante Du fleuve dont nos yeux sont sans cesse ravis.
Son temple ‒ vrai bijou que des mains artistiques Ont orné de tableaux aux riantes couleurs ‒ Dresse vers le ciel bleu ses deux flèches gothiques Que souvent le soleil dore de ses lueurs.
Depuis douze ou treize ans, au sein de ce village Ont surgi des villas et quasi des palais Aux donjons tapissés de fleur et de feuillage, Où le mortel ennui ne vient s'asseoir jamais.
L'habitant de Beauport est du Breton le type : Charitable, joyeux, prompt, vif et grand parleur ; Puis en morale il a l'admirable principe De garder à nos mœurs leur antique splendeur.
Beauport ! ce nom figure au livre de la gloire, Car son sol autrefois a bu le sang des preux ; Laverdière, Garneau, Ferland, dans leur histoire Parlent de cet endroit en termes chaleureux.
C'est de là que partaient ces bombes meurtrières Qui jetaient la terreur au milieu des Anglais, Quand ceux-ci, s'avançant sur leurs longues voilières, Voulaient ravir Québec au pouvoir des Français.
Parfois on y découvre, en remuant la terre, Des sabres, des boulets, des débris d'arme à feu ; Et l'on m'a raconté qu'on y trouvait naguère Des ossements humains, car tout parle en ce lieu.
Ces objets que la rouille a rongés sous la glaise, Rappellent à nos cœurs les mémorables jours Où nos pères luttaient contre l'armée anglaise Pour défendre leurs droits, leurs foyers, leurs amours.
Ce lieu possède encore, en ses riches annales, Plus d'un illustre nom par les hommes chéri ; C'est là qu'ont vu le jour deux gloires sans rivales : L'humble Étienne Parent et de Salaberry !
Dès que le printemps brille, et jusques à l'automne, J'habite sous ton ciel, ô village enchanteur ! De la ville je fuis le fracas monotone, L'air impur, la poussière et l'ardente chaleur.
Je respire à longs traits les parfums de tes roses Et les douces senteurs qui s'exhalent des bois ; J'observe les ébats des ailés virtuoses, Et j'écoute, ravi, leurs gracieuses voix.
Puis le soir je contemple, assis au bord des vagues, Toute l'immensité de la mer et des cieux ; Parfois je crois ouïr des bruits étranges, vagues : C'est le flot qui redit ton passé glorieux !
Alors, le cœur ému, je prends mon humble lyre Et mêle mes accords à ces concerts géants Qui s'élèvent des bois, de la chute en délire, Du fleuve, des ruisseaux et des gouffres béants !
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