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1884

LE COR AUX PIEDS

Georges CAMUSET

JE suis le cor aux pieds, et c’est moi qui proteste Contre le cordonnier et son cuir oppresseur. L’élégance m’impose un joug que je déteste. Je veux que tu sois libre, ô phalange, ma sœur !

En vain le pédicure, arrondissant le geste, D'un scalpel magistral me sculpte en professeur. Son triomphe est d’un jour, car le terrain me reste Et j’y renais plus fort sous le fer agresseur.

Insensé ! Tu voudrais, comprimant la nature, Faire admirer un pied trop grand pour ta chaussure. Le bottier, ton complice, est aussi ton bourreau. Qu’un aveugle instrument nous taille et nous harcèle,

La persécution redouble notre zèle. Oignons, durillons, cors, nous narguons Galopeau.

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