Ton hymne de l’épée, ô Kœrner Théodore,
Entraînait au péril les jeunes Allemands.
Tu tombas, et la mort scella tes sentiments :
Barde-martyr, ton nom de deux rayons se dore.
Ton vers, qui frémissait comme un acier sonore,
Inspirait l’héroïsme et les purs dévoûments ;
Des morsures du fer on bravait les tourments ;
D’un avenir de gloire on saluait l’aurore.
Ta lyre, maudissant notre joug détesté,
Vibra pour la justice et pour la liberté,
Les peuples répétaient ton cri de délivrance.
Poëte, l’Allemagne est esclave d’un roi.
Des cœurs germains a fui l’antique bonne foi,
Et le droit immortel combat pour notre France.
Si tu pouvais quitter la tombe, tu dirais :
« Quels triomphes honteux, et quelle ignominie !
Insensés, dont les mains fondent la tyrannie,
Un prince vous enchaîne à ses vils intérêts.
« Malheur à vous ! vos cieux, vos champs et vos forêts
Pleurent la loyauté de vos âmes bannie.
Oserez-vous encor, fils de la Germania,
Des saintes lois du beau pénétrer les secrets ?
« O profanation de l’art, de la science !
Est-elle donc muette en vous la conscience ?
Mais nous vous renions, vous n’êtes pas nos fils.
« Était-ce pour léguer tant d’opprobre à vos têtes,
Qu’affrontant du canon les affreuses tempêtes,
A l’aigle d’Iéna nous jetions nos défis ? »