Ma blessure saigne et se rouvre ; Mon œil s’éteint, mon front pâlit. Un vêtement usé me couvre. La paille pourrie est mon lit.
Mes gardiens, d’un geste farouche, Me jettent de vils aliments. La fièvre visite ma couche ; L’insomnie a d’affreux tourments.
L’horizon est tout blanc de neige ; La patrie est bien loin de moi. Ma mère, tu gémis… Que n’ai-je Des ailes pour voler vers toi !
Si tu savais ce que j’endure, Combien mes geôliers sont mauvais, Combien mon existence est dure, Ma mère, si tu le savais !
O caresses de la famille, Baisers maternels réchauffants, O a sœur, douce jeune fille, Souvenirs de nos jeux d’enfants,
C’est vous seuls qu’oppose mon rêve, Visions des cieux dans l’enfer, Au sombre chagrin qui, sans trêve, Se mêle aux horreurs de l’hiver.
Blessé sur un champ de carnage Où tombèrent tant de soldats, Pourquoi la vigueur de mon âge Me sauva-t-elle du trépas ?
J’aurais à Dieu rendu mon âme, France, sous tes sacrés drapeaux. Doux bords, que mon amour réclame, Vous m’auriez donné le repos.
Dans cette prison inhumaine Où le corps est martyrisé, Chaque jour, chaque nuit, amène Sa torture à l’esprit brisé.
Quand se battent mes frères d’armes, Succomber lentement ici, Dévorer mes brûlantes larmes Devant des bourreaux sans merci !
Ignorer tout ce qui se passe, Là-bas, là-bas, où vit mon cœur ; Interroger l’immense espace, Et n’entendre qu’un vent moqueur !
Qui dira ce qu’un captif souffre ? De son désespoir si profond, Et de sa peine, orageux gouffre, Quelle sonde atteindra le fond ?
Mon âme aux douleurs se résigne ; Car je crois, noble nation, Dont le front porte un divin signe, Je crois à ta rédemption.
Oui, ton héroïsme sublime, Et tes sacrifices sanglants Te rachèteront de l’abîme, Oteront le fer de tes flancs.
Ta gloire dans les maux s’enfante : Qu’il se lève bientôt ce jour, Où, radieuse et triomphante, Tu me rouvriras ton séjour !
Libre et grande te voir une heure, Te voir, puis mourir… c’est mon vœu ! Embrasser ma mère, qui pleure, Puis mourir… je bénirai Dieu.
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