Oubliant ses devoirs, sa mission sublime, La France s’endormit sur les bords de l’abîme ; De vains songes berçaient son coupable sommeil ; Les plaisirs l’enivraient de leur mortel arôme :
ainsi dormait jadis l’impériale Rome. La foudre éclate… quel réveil ! Quel vaste écroulement ! quelle chute profonde ! Notre sol est couvert des ruines d’un monde.
La patrie aussitôt s’élance ; elle est debout. Que lui reste-t-il donc ! Il lui reste son âme. Métal en fusion dans la fournaise en flamme, Son courage s’irrite et bout.
Il s’échappe en torrents de lave, Jaillit en ardents tourbillons, De l’Allemagne qui nous brave, Creuse la tombe en nos sillons.
Le renouvelle à tout moment. Devant la mer de feu qui roule, Des ennemis l’immense foule Se dit voici le châtiment.
Oui, c’est le châtiment, l’inextinguible haine. Avez-vous pu penser, Teutons, race hautaine, Que la France meurtrie expirait à vos pieds ? Mais le rayon des cieux encore à sa tempe ;
Son génie immortel au malheur se retrempe ; Ses délire sont expiés. Terrible, rejetant les coupes de l’orgie, Ressaisissant ses droits, sa virile énergie,
D’une force invincible elle arme ses enfants. Un seul sentiment bat dans toutes les poitrines. De la fraternité revivent les doctrines. Nos drapeaux seront triomphants.
L’esclavage mollit les fibres Et détend tout divin ressort. Mais le dévoûment des cœurs libres Ose lutter contre le sort.
Lorsque la liberté sacrée Au fond des âmes est ancrée, La nation ne sombre pas. Elle résiste à la tempête ;
Les citoyens, comme à la fête, Courent au péril, au trépas. Notre palladium, frères, c’est la Justice ; Et nous ne craignons pas qu’en nous n’anéantisse,
Le peuple qui pour elle a combattu toujours. Du sang de nos martyres féconde est la semence. Dieu conduit notre histoire ; elle est le fleuve immense Dont rien ne détourne le cours.
Notre patrie aura grandi par ses désastres. Mêlant sa voix émue au chant divin des astres, Elle célébrera la suprême bonté. Elle ne sera plus la joyeuse bacchante,
Qui, cachante son beau front sous la lierre et l’achante, Chantait l’hymne de volupté. L’adversité nous purifie ; Elle nous transforme en héros.
Le manteau qui nous crucifie Se brise aux mans de nos bourreaux, Les voilà pâles d’épouvante ! A l’espérance décevante
Ils sont forcés de dire adieu. Une parole leur échappe : Ce peuple est vraiment fils de Dieu. Les autres nations frémissent dans l’attente :
Elle verront bientôt la victoire éclatante Confondre pour jamais les Germains foudroyés ; Elles verront benthos de cette armée altière L’ange exterminateur pousser vers la frontière
Les tronçons sanglants et broyés. Nous tous, fils de la France, affranchis de ces hordes, Sur son autel auguste immolant nos discordes, Nous la décorerons des nobles fleurs du beau.
Aux volontés d’un seul n’étant plus asservie, Du fraternel amour, loi sainte de la vie, Elle allumera le flambeau. De tous les peuples vénérée,
Elle éclairera leur chemin, Et déploiera, régénérée, Les trésors du génie humain : Comme aux jours de la grucce antique,
Par les arts, chœur démocratique, Son triomphe sera fêté. Son front, que la gloire environne, Portera sa double couronne,
La science et la liberté.
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