Deux forces règnent : l’une est des peuples la vie, Elle affermit les lois, elle étouffe l’envie Avec les soupçons décevants. L’autre apporte la mort et ne sait que dissoudre ;
Sur les sociétés tombant comme la foudre, Elle en jette la cendre aux vents. Frères, qui du malheur vidons la coupe amère, Ne songeons qu’à sauver la France, notre mère :
Son esprit nous pénètre tous. Son courage héroïque a passé dans nos âmes ; Des plus purs dévoûments qu’il allume les flammes, Fils de la Patrie, aimons-nous.
Le même péril nous rassemble, Chassons tout sentiment haineux, Lorsqu’on lutte et qu’on meurt ensemble, On est uni par de saints nœuds.
Notre sang en ruisseaux se mêle ; De la concorde fraternelle Il cimentera le pouvoir. Devant le drapeau germanique
Soyons Français ; ce titre unique Révèle à chacun son devoir. Ne soyons, nous, enfants de notre chère France, Ni Gibelin, ni Guelfe, ainsi que dans Florence,
Ni Montagu, ni Capulet. Notre foi, notre amour, c’est la sainte Patrie, Découvrant à nos yeux sa mamelle meurtrie, Qui nous a nourris de son lait.
Honte à qui songe à soi, quand de la Loire aux Vosges, Nos plus belles cités ne sont plus que des bauges Où se vautre le sanglier ; Quand un royal brigand a son lit dans Versaille,
Et que d’affreux boulets, le canon Krupp t’assaille, O Paris, notre bouclier ! Qu’importe ce qui nous sépare ? Étouffons d’insensés débats ;
Courons, amis, sur le barbare ; Serrons nos rangs, dans les combats. Qu’aux pieux amant des ruines L’enfant des nouvelles doctrines
Tende une généreuse main. L’un d’un passé noble a la garde ; L’autre vers l’avenir regarde ; Tous deux s’embrasseront demain.
Notre peuple a semé dans tous les temps son verbe, Il recueille l’idée en glorieuse gerbe Sur son char au rapide essieu. Ardent en ses labeurs, sous un ciel pur ou sombre,
Il s’obstine à poursuivre une chimère, une ombre ; Mais cette ombre est celle de Dieu. Et de qui donc le Juste et le Vrai sont les hôtes ? Chez qui l’esprit humain de ses puissances hautes
A manifesté le trésor ? Qui sur un Sinaï nouveau, dans la tempête, A promulgué des lois que tout peuple répète ? C’est la France, la France encor.
Des deux parts de sa course immense, Que la Providence bénit, L’une a fini, l’autre commence : Notre soleil est au zénith.
Une triste éclipse l’efface ; Mais déjà dévoilant sa face, Il brille d’un éclat plus beau. La France ne peut être esclave,
Et ni le Germain ni le Slave N’éteindront son divin flambeau. Nos discordes hélas ! risqueraient de l’éteindre. Veillons, soyons unis. Ne laissons pas atteindre,
Notre âme à leur souffle infecté. Saluons du regard le labarum sublime, Le signe d’alliance, arc-en-ciel sur l’abîme Par la République jeté.
« En avant ! en avant ! Et que Dieu nous protège ! » Noble cri de Ducrot, quand, lui faisant cortège, Paris s’élançait avec lui ! Redisons en avant ! d’une voix unanime ;
Qu’un seul effort, un seul sentiment nous anime : Bientôt la victoire aura lui. Par les martyrs de notre cause, Par leur holocauste immortel,
Par leur cœur sanglant qui repose Sous un tertre, funèbre autel, Aimons, comme ils l’aimaient, la France ; Ne démentons point l’espérance
Qui les consolait du trépas. Marchons sous leurs sacrés auspices ! Les cieux enfin seront propices : La nation ne mourra pas.
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