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1884

RENCONTRE

Alfred BUSQUET

Un soir qu’elle errait, la Fortune Au bord d’un puits a rencontré L’Amour, voyageur égaré. Qui dormait au clair de la lune ;

Le front méchant et l’air moqueur, Le bras replié sous la tête. En main sa flèche toujours prête. Il reposait, — le dur vainqueur !

Cet enfant, tourmenteur du monde. Tu le tiens donc en ton pouvoir. Fortune que le ciel seconde ! Fais-le tomber au gouffre noir !

L’instant est favorable : acquitte Les affronts que ton nom subit, Rachète ton passé, maudite, Délivre-nous de ce maudit !

Venge les deux, venge la terre. Du monstre charmant, abhorré. Et que ton nom déshonoré Soit béni pour ce crime austère !

Sur la margelle où l'enfant dort. Voici que s’assoit la Fortune : Elle réveille et sans rancune L’arrache au péril de la mort !

Il ouvre un œil et se détire, Ramasse flèches et carquois. Puis fuit dans les airs sans rien dire. En souriant d’un air narquois :

La folle poursuit le volage. Soupire et se met à rêver, Et recommence le voyage Qui ne peut jamais s’achever.

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