O Magali, ma tant aimée, Montre-moi tes yeux souverains ; Écoute Faubade enflammée Des fifres et des tambourins.
Là-haut, le ciel est plein d’étoiles. Mort est le vent. Elles pâliront sous leurs voiles En te voyant.
— Moins que des roseaux qui susurrent, De ton aubade je fais cas ; Mais dans les flots blonds qui murmurent Je m’enfuis, anguille du raz.
O Magali, ma chère blonde. Si tu te fais poisson dans l’onde, Moi, le pêcheur je me ferai, Je te pêcherai.
Si tu te fais pêcheur fidèle. Quand tes verveux tu jetteras, Je me ferai l’oiseau dont l’aile M’emportera loin de tes lacs.
Si tu deviens oiseau qui vole. Je te suivrai, sur ma parole. Et le chasseur je deviendrai ; Je te chasserai.
Aux perdreaux gris, aux bouscarilles, Si tu viens tendre tes lacets. Parmi les fleurs et les brindilles. Je me cacherai tout exprès.
O Magali, chère petite, Si tu te fais la marguerite, Moi, Peau limpide je serai, Je t’arroserai.
Si tu te fais Ponde magique. Je serai le nuage errant. Et tout là-bas, en Amérique, J’irai par delà l’Océan.
O Magali, loin de nos plaines. Si tu fuis aux Indes lointaines. Le vent de mer je deviendrai ; Je te porterai.
Si, vent marin, tu me menaces. Je fuirai d’un autre côté. Du grand soleil qui fond les glaces Je serai le rayon d’été.
O Magali, si ta couronne Devient le soleil qui rayonne. Le lézard vert je deviendrai ; Je te boirai.
Si tu te fais la salamandre Qui se cache dans les viviers, On me verra lune descendre Afin d’éclairer les sorciers.
O Magali, ma souveraine, Si tu te fais lune sereine. Belle brume je me ferai. Je t’enserrerai.
Si brume épaisse tu m’enserres. Ne crois pas encor me tenir, Rose virginale, aux parterres. Sur le buisson j’irai fleurir.
O Magali, ma colombelle. Si tu te fais la rose belle. Papillon, moi, je me ferai ; Je te baiserai.
Va, poursuivant de courte haleine. Tu ne m’auras jamais, jamais… Car sous l’écorce d’un vieux chêne, J’habiterai le bois épais.
O Magali, le ciel f entende ! Si tu te fais chêne en la lande, Touffe de lierre me ferai, Je t’embrasserai…
Si tu veux m’étreindre à ton aise. Tu n’auras qu’un tronc vermoulu, Car blanche nonnette à Saint-Blaise J’entrerai : tu l’auras voulu.
Magali, si tu deviens nonne, Eh bien, que le ciel te pardonne. Prêtre, je te confesserai. Je t’entendrai.
Du couvent tu franchis la porte. Soit ! ce jour-là tu me verras. Au milieu de mes sœurs, mais morte ! Alors qu’est-ce que tu diras ?
O Magali, si de la sorte Tu te fais, hélas ! pauvre morte. Eh bien, terre je me ferai ; Là, je t’aurai !
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