Vous que je vis petite fille,
Vous avez donc trois cheveux blancs
Moi qui vous parle, j’en ai mille :
— Mais quoi ! voici venir les ans !
Par ces trois cheveux mis en tresse, !
Vous domptez encor les méchans, !
Vous êtes une enchanteresse :
— Mais quoi ! voici venir les ans !
Ces trois cheveux sont, je le gage.
Trois désirs et trois ramiers blancs
Trois roses à votre corsage :
— Mais quoi ! voici venir les ans !
A combien de femmes en larmes
Ils ont dû coûter de tourmens !
Ce sont trois philtres et trois charmes :
— Mais quoi ! voici venir les ans !
Trois blanches ailes voyageuses
Sur le fond noir des océans,
Trois étoiles des nuits neigeuses :
— Mais quoi ! voici venir les ans !
Ces trois remords de mon jeune âge,
Ont pour moi des pensers charmans.
Si j’ai bien compris leur langage :
— Mais quoi ! voici venir les ans !
Ils disent : Je suis l’espérance.
Le passé, moi, les jours présens ;
Me rendrez-vous mon ignorance ?
— Et puis… voici venir les ans !