— Toi qui, perché sur les Bermudes, Comme un vautour sur un rocher. Dans les tempêtes les plus rudes Veilles au phare, dur nocher.
Parmi les voiles vagabondes. Alcyons perdus sur les ondes. Fuyant ton rescif déserté. En est-il une par mégarde
Qui nous rapporte. Dieu le garde ! Ton drapeau, sainte Liberté ! — Hier, durant la nuit la plus noire. Sur le roc, aiguille du glacier.
J’étais debout… Le promontoire Flambait aux feux de mon brasier. Soudain, voici que dans la brume Le canon tonne, le flot fume.
Et je vois, comme dans l’enfer. Des hommes se livrer bataille. Et des nègres de haute taille Qu’on précipitait dans la mer.
— Vieillard, ta parole est sinistre, Mais je pardonne à ton humeur, Car ta mémoire est le registre Des naufrages et du malheur ;
Sur ce roc perdu, seul au monde. Dans une obscurité profonde. Loin de tous, tu vis irrité. Mais tu peux, poursuivant ton rêve.
Quand ton regard vers Dieu se lève. Croire au moins à l’égalité. — L’Égalité, c’est la patrie. C’est la terre, et j’en suis chassé ;
Tout mon sang se révolte et crie Contre mon sort et le passé. Les flots aussi bien que la terre N’ont pas éclairci le mystère
Qu’on n’approfondira jamais : Abaissez, du haut des Bermudes, Vos regards sur les latitudes, Que voyez-vous ? Des mâts anglais !
— Je te plains. — Cesse de me plaindre, Garde ton ingrate pitié. Moi, je vous hais tous, sans vous craindre.
Car je vous ai tous sous mon pié ; Esclave de la destinée. Ma vie au roc est enchaînée. Je suis libre et captif… Je puis
Faire un soleil avec mon phare Ou de ces flots faire un Tartare Plus noir que les plus noires nuits. Vous qui hantez les solitudes.
Marins sur la mer égarés. Fuyez la côte et les Bermudes, Et ces rocs, tigres effarés. De moi n’espérez aucune aide.
N’attendez pas que j’intercède Pour vous disputer au trépas. Vos sanglots sont mes chants de fête. Je pourrais calmer la tempête
Que certes, je ne voudrais pas !
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