Lorsque autour de la même table, Au premier jour du nouvel an, Soumis à la coutume affable De le célébrer en buvant.
Pour obéir à l'habitude, Aux usages des bons aïeux Dont vous vous faites une étude. Vous vivans, tous aussi morts qu’eux,
Vous vous asseyez, tristes, sombres. Pleins d’ennuis secrets et sans fin. Gomme au dernier banquet des ombres Buvant sans soif, mangeant sans faim.
Observant vos yeux et vos gestes. Pesant le silence et vos mots. Défendant aux soupirs funestes De rien dévoiler de vos maux.
Méditant de combien de rides Et de combien d’iniquités Vous ont chargés les ans avides, Vos douleurs et vos lâchetés,
Supputant aux lois de l’usure De combien de francs et de sous L’héritage qu’on dénature A pu croître, s’il n’est dissous.
Et combien doit durer encore. Avec ou sans trop d’embonpoint. Cette existence qu’on déplore. Mais qu’on berce avec tant de soin.
N’avez-vous pas, sur la fenêtre Où le givre a mis ses cristaux. Vu grandir, s’éteindre et renaître La lueur d’un feu de fagots !
Comme les verres de Bohême, Cette lueur vive a percé La transparence mate et blême De votre cristal damassé :
Écoutez : le vent vous apporte Des ris, des baisers, des chansons, Des santés joyeuses qu’on porte Aux vieillards comme aux nourrissons.
Ce sont des pauvres qui festoient Le premier-né du nouvel an Et, la tendresse au cœur, le noient Dans un petit pot de vin blanc.
Le foyer joyeux les rassemble. Chez eux ils n’ont pas d’exilé : Pourraient-ils être heureux ensemble. S’ils savaient un cœur mutilé ?
Les yeux sur les yeux de sa Jeanne, Le mari pense à ses enfans. Et les enfans baisent le crâne De leur père aux cheveux flottans.
L’aïeul, un vieux chêne sans sève. Impotent, mais aimé toujours, Précieux fardeau, voit en rêve Le fantôme de ses amours.
Tandis que la jeune fillette. Orgueil du foyer paternel. Rêveuse et même un peu coquette. Songe à son voisin Gabriel,
Sa mère lit dans sa pensée, Et sur ses genoux l'attirant, Au promis tend sa main glacée Et lui montre un front souriant.
Il n’est pas jusqu’au chien de garde Qui ne soit heureux à son tour. O mes parens, que Dieu vous garde Et vous accorde un pareil jour !
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