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1884

LE DIABLE SOMMELIER

Alfred BUSQUET

Les compaignons de Sanche, roi d’Espaigne, S’en revenaient du pays sarrazin En grand meschief… Sanche les accompaigne Teste baissée et la douleur au sein.

Il n’est pour lui chanson ne mélodie Qui lui pourrait apaiser son remords, La soif le brûle ainsi qu’un incendie, « Las ! dit le Roi, je voudrais être mort !

« C’est grand’pitié de voir mes gentilshommes « Se débander ainsi par les chemins ! « Soudan maudit, malheureux que nous sommes ! » Et ce disant, il se tordait les mains.

Il ajouta : Par le mal que j’endure J’ai bien gaigné, je crois, le Paradis, Mais je le cède et je ne m’en dédis, A qui me baille une goutte d’eau pure.

— Livre le gant et le baston aussi, Dit un baron tout vestu d’écarlate. — Je te les livre, a dit Sanche, et voici Que sous ses pieds une fontaine éclate :

Petits poissons y reluisaient dans l’eau, Rouges et vifs, ainsi que salamandres. — Mes compaignons, gardons-nous du panneau ; Dans ce ruissel, j’aperçois des filandres.

N’en buvez pas. Or çà, monsieur l’abbé, Bénissez-nous cette eau contre nature. L'abbé bénit… mais voici l’aventure, Le Ganelon soudain s’est dérobé.

Car c'était lui… Satanas en personne, Qui s’était plu dans ce tour familier. Don Sanche en rit, et tous, comme à la tonne. Ont bu de l’eau du Diable sommelier.

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