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1884

L’ATTENTE

Alfred BUSQUET

Tandis que Jésus sur les routes S’en va confesser le Gentil, La mère en proie aux tristes doutes Se dit : Maintenant que fait-il ?

A-t il pour reposer sa tête Le tronc rugueux de l’olivier ? A-t-il évité le sentier Du Pharisien qui le guette ?

Depuis longtemps j’attends, hélas ! Et mon enfant ne revient pas. Le plus beau, le plus doux des hommes. C’est mon fils, mon fils bien-aimé !

Ah ! malheureuses que nous sommes ! Pauvre cœur d’amour affamé ! S’ils savaient, ces bourreaux qu’on aime, Combien l’attente fait souffrir,

On les verrait tous accourir Pour calmer notre peine extrême ! Depuis longtemps j’attends, hélas ! Et mon enfant ne revient pas.

Je pleure, le lin qui s’embrouille Ne roule plus sur mes fuseaux. J’ai laissé tomber ma quenouille. Faites vos nids, petits oiseaux !

Pourtant, le ciel est plein de joie ; J’entends le martinet moqueur. Oh ! comme il fait noir en mon cœur ! Larmes, coulez, et qu’il s’y noie.

Depuis longtemps j’attends, hélas ! Et mon enfant ne revient pas. Où peut-il être ? où donc aller Pour te revoir, mon doux Messie ?

Le père a pour se consoler Le rabot, la pince et la scie. Du seuil où j’attache ma vue, J’entends le tour aller, venir…

Moi, je n’ai que le souvenir. C’est le souvenir qui me tue ! Depuis longtemps j’attends, hélas ! Et mon enfant ne revient pas.

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