Que je suis donc infortunée !
Le malheur m’a prise au berceau,
Et sur ma triste destinée
Le noir chagrin a mis son sceau.
Tout d’abord j’ai -perdu mon père
Son âme est remontée au ciel :
Son regard était peu sévère,
Et sa parole était de miel !
Puis ma mère s’en est allée.
Toute jeune dans son printemps.
Et mon enfance inconsolée
Ignora les jeux de longtemps.
Je n’ai plus le souci des choses.
Rien ne plaît à mon cœur chagrin
Je n’aime plus même les roses.
Je pleure du soir au matin.
Mes colombes apprivoisées,
Peureuses, s’éloignent de moi ;
Les hirondelles des croisées
S’enfuient avec des cris d'effroi.
Le jasmin détourne la tête,
Le muguet rougit sous mes pas
Pour moi le ciel n’a plus de fête.
Ah ! que mon triste cœur est las !