Mon âme est un miroir céleste
Qui vers le soleil de l'amour
Se tourne et dont l'éclat atteste
La force de l’astre du jour.
Il reflète le doux visage
Qui l’éclaire en le réchauffant ;
Nul n’en pourrait alors, je gage,
Supporter l’éclat triomphant.
Ses purs rayons, divine essence.
Au ciel dont ils sont descendus,
Par une élective influence
Retournent à jamais perdus.
Que l’astre ait cessé de sourire,
Toutes les beautés du moment
S’y reflètent sans y décrire
Leurs contours en un trait charmant.
De l’étain la froide surface
Ne se laisse pas pénétrer ;
Car Je miroir est une glace
Où nul regard ne peut entrer.
Les apparences de la terre
Y glissent, fantômes peu sûrs,
Comme un nuage solitaire
A l’horizon des cieux obscurs.
Qu’un peu plus tard la solitude
Ait mordu l’étain réflecteur,
Que le mépris, l’ingratitude
Aient mis leur tare sur mon cœur.
Ce n’est plus un miroir céleste,
La flint-glass aux tons irisés,
C’est un tesson vulgaire, un reste
De flacon, de verres cassés.
O mon âme, je t’en adjure,
Quel est ton état, le sais-tu ?
— J’aime l’art moins que la nature,
La beauté moins que la vertu !