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1884

CHASSE D’HIVER

Alfred BUSQUET

OÙ vas-tu, chasseur, où vas-tu. Le fusil chargé sur l’épaule ? La foulque, le canard pattu Avec l’oie arrivent du pôle :

Prends garde, chasseur aguerri ! Tirliri ! ! Adroit tireur de bécassines. Si tu m’en crois, à la maison

Tu resteras, c’est la raison. Loin des rafales assassines : Chauffe-toi, chasseur attendri ! Tirliri ! !

Les sarcelles, les marouettes. Les geais, les râles des marais Sont abrités dans les forêts. Épuisés par de longues diètes :

On n’entend pas le moindre cri ! Tirliri ! ! Perçant la brume et la nuée, Dans un coin du ciel exigu,

Les canards en triangle aigu Volent, troupe diminuée : Quitte au plus tôt la hutte-abri ! Tirliri !

La crique est profonde et peu sûre. Les sables mouvans sont nombreux, La glace a des trous ténébreux Qu’on voit par plus d’une fissure :

Sois prudent, ô chasseur meurtri ! Tirliri ! Ta ménagère dans la peine Comprime un sanglot étouffant ;

Sur les carreaux ton jeune enfant Fait un brouillard de son haleine : En route, chasseur peu nourri ! Tirliri ! !

Surveillant la broche qui tourne, Le chat ronronne auprès du feu ; Aux amours il a dit adieu : Le souriceau joue et séjourne,

Mais de la chasse il est guéri ! Tirliri ! ! Fais comme lui ! de la passée Dédaigne les appâts trompeurs ;

l/horizon s’emplit de vapeurs, La lune est comme trépassée : Sois sage enfin, pauvre mari ! Tirliri ! !

Rentre au logis qui s’inquiète ; Ta femme t’attend sur le seuil, Malgré le froid, malgré son deuil, Et ta soupe est dans ton assiette :

L’enfant t’accueille avec un cri ! Tirliri ! ! Au plus près de la cendre chaude Ton chien va se coucher en rond ;

Le chat interrompt son ronron ; Il y restera jusqu’à laude : Malgré son compagnon marri ! Tirliri ! !

Le coucou de la forêt Noire Sort avec fracas du boîtier ! Il est heureux, ce forestier, De faire échec à la bouilloire

Le coquemar en a tari ! Tirliri ! ! Dans le dressoir, sur une assiette. Les bras croisés. Napoléon

Au fier bâtard de Mauléon Fait une grimace inquiète : Marlborough en est ahuri ! Tirliri ! !

Allons, chasseur, tirant la patte. Regagne le lit conjugal ; Sois heureux du bonheur légal Et dors à poings fermés, pirate :

Sans crainte du charivari ! Tirliri ! ! Depuis les beaux jours de l'enfance, Le temps, hélas ! t’a bien changé,

Sur tes cheveux il a neigé, Et ta glace à la glace offense : Adieu donc, chasseur défleuri ! Tirliri ! !

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