— Matelot, posté dans la hune,
Que vois-tu sur le flot lointain ?
— Je vois la lune
Faisant des cornes au matin.
— Dis-nous, vois-tu quelque autre chose,
Bon matelot ?
— Je vois blêmir l’horizon rose
Et le soleil comme un falot.
— Bon matelot, vois-tu la terre
Que nous appelons de nos vœux ?
— J’ai de bons yeux.
Mais de la voir je désespère.
— N’entends-tu rien, bon matelot ?
— J’entends encore,
J’entends comme un lointain sanglot
Venu du pays que j’adore.
Ma mère est morte, après ma sœur ;
De la maison, c’était la joie
Et la douceur.
Faut-il qu’au tombeau je l’envoie !
Ma fiancée est morte aussi ;
Pauvre colombe !
Adieu, compagnons, j’ai souci
De la rejoindre dans la tombe.
— Descends vite, bon matelot ;
Voici le port, voici la terre
Et puis ta mère
Qui te cherche avec un sanglot.
Voici ta pâle fiancée.
Ta sœur, hélas !
Et ton père, dont la pensée
Te suivait dans tous les climats.
Amis, votre clameur est vaine,
Mort est celui qui souffrait tant !
— Et l'on entend
Lèvent souffler dans la misaine.