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1884

A UNE JEUNE AVEUGLE-NÉE

Alfred BUSQUET

Pauvre enfant si blonde et charmante Que je trouvai sur mon chemin, Soleil éteint, lumière absente, Toi dont la paupière tremblante

Cherche mon regard, mais en vain. Tu ne verras pas la nature. Les roses et le blond soleil, L’Océan jaloux qui murmure.

Les bois touffus et la verdure. Les astres, ces diamans du ciel. Ni le ruisseau dans la vallée. Ni la neige aux monts sourcilleux.

Ni sur la grève désolée La mouette, cette plainte ailée. N’ont pu jamais frapper tes yeux ! Autour de toi sans cesse l'ombre,

Sans cesse autour de toi la nuit ; Jamais, dissipant la pénombre, Dans ton cachot si triste et sombre Un chaud rayon d’été n’a lui !

Au banquet de la vie humaine Pourquoi Dieu t’a-t-il invité ? Toi qui devais tramer la chaîne Et ne connaître que la peine

Jusqu’au tombeau tant souhaité ! Après tout, frêle enfant si blonde. Pourquoi tant pleurer sur ton sort ? Sommes-nous pas en ce bas monde

Des hochets, dans la main profonde De Dieu, jusques à notre mort ? Tu pris ta place dans la vie Sans te préoccuper de rien,

Prêtant une oreille ravie A la céleste mélodie Sans t’occuper du musicien ! Tu sais l'effet et non les causes ;

Le bien, tu le sais, non le mal ; De nos tristes métamorphoses Tu n'as jamais vu que les roses, Jamais le vrai, mais Fidéal !

Ton illusion la plus chère. Ton rêve aimé de tous les jours. Tu peux les suivre sur la terre. Heureuse enfant, et puis ta mère

Aura pour toi vingt ans toujours !

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