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1874

Les deux Routes

Auguste BRIZEUX

DEUX routes vers le Bien mènent d’un pas égal, L’amour du Bien lui-même et la haine du Mal, Et chaque homme, selon que son penchant l’entraîne, Suit vers le but commun ou l’amour ou la haine ;

La haine est d’un cœur fier et d’un sens affermi Que le péril excite et pousse à l’ennemi ; L’amour, d’un cœur pensif, intelligent et tendre Qui, plaignant les pervers, voudrait s’en faire entendre

Amour, haine, lequel de ce double sentier Choisir ? tous deux sont sûrs : j’ai suivi le premier. Si le Mal devant moi passe comme invisible, Je ne suis point aveugle et surtout insensible ;

Plus d’une fois mon œil s’ouvrit épouvanté, Et mon cœur sait des coups qui l’ont ensanglanté. Mais pourquoi ramener la chose inexplicable ? L’homme doit mépriser le fardeau qui l’accable.

Chaque jour dans la route il marche en s’allégeant, Jusqu’à l’heure où, plus tendre et plus intelligent, Meilleur, il rentrera dans ce monde harmonique Que chante incessamment mon âme synthétique.

Il vit pourtant, il vit, celui qui doit mourir, Plus fort, on le dirait, plus il nous voit souffrir, Et bien des malheureux, sans puissance en eux-mêmes, Sous ses hideuses mains se renversent tout blêmes.

C’est de lutter aussi ! Comme les premiers saints Qui soumettaient le diable à leurs pieux desseins, Et le menaient en laisse, un signe sur la tête, C’est, en invoquant Dieu, de combattre la Bête,

En lui criant : « Obstacle, oh ! tu t’abaisseras ! Pour produire le Bien, Mal, tu m’obéiras ! »

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