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1874

Les Cornemuses

Auguste BRIZEUX

UN pauvre Italien, de figure romaine, Jouant de la piva tristement se promène ; Or, nul pour l’écouter ne s’arrête, et l’enfant De maison en maison toujours s’en va chantant.

Un seul, au premier bruit de l’instrument rustique, Tressaillit (il venait, celui-là, d’Armorique) : — Ami, prends cet argent et sonne encore un air ! Vous, mes yeux, fermez-vous à ce ciel pur et clair !

Ah ! le corn-boud résonne au loin, l’Océan fume. Et la fille d’Arvor a passé dans la brume ; Plus légère en passant qu’une biche aux abois. Ou qu’une blanche fée aux clairières des bois…

Sonne encore, ô piva, sonne, instrument sauvage ! Une voix te répond sur un autre rivage ; De l’Est à l’Occident, pays, répondez-vous : L’un si cher à mon cœur, l’autre à mes yeux si doux !

Qu’aujourd’hui ma province en songe m’apparaisse, Là tous mes souvenirs, là toute ma tendresse ; Un jour si le corn-boud chante aux brouillards d’Arvor, Je dirai : « Levez-vous devant moi, pays d’or ! »

Et la rouge Sabine et l’Italie entière Éblouiront mes yeux avides de lumière.

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