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1831

LA CHANSON DE LOÏC

Auguste BRIZEUX

Dès que la grive est éveillée, Sur cette lande encor mouillée Je viens m'asseoir Jusques au soir ;

Grand'mère, de qui je me cache, Dit : " Loïc aime trop sa vache. " Oh ! Nenni-da ! Mais j'aime la petite Anna.

À son tour, Anna, ma compagne, Conduit derrière la montagne, Près des sureaux, Ses noirs chevreaux ;

Si la montagne, où je m'égare, Ainsi qu'un grand mur nous sépare, Sa douce voix, Sa voix m'appelle au fond du bois.

Oh ! Sur un air plaintif et tendre, Qu'il est doux au loin de s'entendre, Sans même avoir L'heur de se voir !

De la montagne à la vallée La voix par la voix appelée Semble un soupir Mêlé d'ennuis et de plaisir.

Oui, retenez bien votre haleine, Brise étourdie, ou dans la plaine, Parmi les blés, Courez, volez !

Ah ! La méchante est la plus forte, Et dans les rochers elle emporte La douce voix Qui m'appelait au fond du bois.

Encore ! Encore ! Anna, ma belle ! Anna, c'est Loïc qui t'appelle ! Encore un son De ta chanson !

La chanson que chantent tes lèvres, Lorsque pour amuser tes chèvres, Petite Anna, Tu danses ton gai ta-ra-la !

Oh ! Te souvient-il de l'yeuse Où tu montas, fille peureuse, Quand tout à coup Parut le loup ?

Sur l'yeuse encor, ma mignonne, Que parmi les oiseaux résonne Ta douce voix, Ta voix qui chante au fond du bois !

Mais quelle est derrière la branche Cette fumée errante et blanche Qui lentement Vers moi descend ?

Hélas ! Cette blanche fumée, C'est l'adieu de ma bien-aimée, L'adieu d'amour, Qui s'élève à la fin du jour.

Adieu donc ! — contre un vent farouche Au travers de mes doigts ma bouche Dans ce ravin L'appelle en vain ;

Déjà la nuit vient sur la lande ; Rentrons au bourg, vache gourmande ! ô gui-lan-la ! Adieu donc, ma petite Anna !

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LA CHANSON DE LOÏC · Auguste BRIZEUX · Poetry Cove