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1874

L’Idéal

Auguste BRIZEUX

TOUS le voyaient en rêve aux terres atlantiques, Et, malgré les boas et les serpents ailés, Chercheurs d’El-Dorado, les voilà tous allés Au pays lointain des Caciques.

Là, sur un lit d’onyx et de saphirs, il dort, Le vieillard idéal couvert de poudre d’or ! Au pays lointain des Caciques Heureux, nouveaux Jasons, ceux-là qui sont allés !

Qu’importent les boas et les serpents ailés, Si l’on suit son beau rêve aux terres atlantiques ! — Fantôme du bonheur, son ombre, son reflet, Que vous attirez l’âme humaine !

Ah ! s’il est un bonheur pur, durable, complet, Anges, emportez-nous vers son riche domaine ! Dieu sur tout l’univers refléta sa beauté. Notre âme par instinct cherche la belle image,

Et, croyant la saisir, frémit de volupté ; O mers, cieux étoilés, vallons pleins de ramage, Où l’homme bien souvent poursuit son idéal, Jusqu’au divin auteur transmettez cet hommage !

Heureux les cœurs saisis d’un amour virginal, L’un dans l’autre absorbés comme en leur bien suprême : « Enfin, murmurent-ils, j’ai l’être sans égal ! » C’est que l’objet aimé nous semble Dieu lui-même. —

Fantôme de l’amour, son ombre, son reflet, Que vous entraînez l’âme humaine ! Anges, emportez-nous vers le brûlant domaine Où rayonne l’amour pur, durable, complet !

Des âmes ont trouve des ailes Pour voler avant l’heure aux choses éternelles. Elles ont vu, — l’Amour, dissipant tout brouillard, Fervent, leur déroulait ses plaines infinies, —

Enfin elles ont vu le mystique vieillard ! O saint El-Dorado, roi des sphères bénies, Après ta grande voix que sont nos harmonies ? Nos rubis sont les feux de ton ardent regard.

Pour voler avant l’heure aux choses éternelles, Des âmes ont trouvé des ailes.

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