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1831

L'APPRENTISSAGE

Auguste BRIZEUX

Soit que ma pente aussi vers ce côté m'entraîne, J'ai juré de fermer mon âme à toute haine, À tout regret cuisant ; ouverte à bien jouir, De la laisser au jour libre s'épanouir ;

De n'aimer d'ici-bas que les plus douces choses ; De me nourrir du beau, comme du suc des roses L'abeille se nourrit, sans chercher désormais Quel mal on pourrait faire à qui n'en fit jamais ;

Ainsi, les yeux au ciel ou la tête baissée, D'aller droit mon chemin en suivant ma pensée, Tout à mes souvenirs, à mes songes errants, Qu'au hasard, tour à tour, je quitte et je reprends ;

Tout au devoir, à l'art, à la philosophie ; Et calme, et solitaire au milieu de la vie, De traverser les flots de ce monde moqueur, Sans jamais y mêler ni ma voix ni mon cœur. —

Tel était mon projet ; ce projet fut peu sage. Lorsque de cette vie on fait l'apprentissage, Non, ce n'est point assez de s'armer de candeur, De baisser, en marchant, les yeux avec froideur ;

Comme au creux d'un vallon le ruisseau qui s'écoule, Il faut sur les deux bords toucher à cette foule, Réfléchir dans son cours bien des objets hideux, Parfois troubler ses eaux en passant trop près d'eux ;

Pour quelques rossignols chantant sur vos rivages, Vous entendrez gémir bien des oiseaux sauvages ; Et les torrents viendront, et le flux de la mer Parmi vos douces eaux mêlant son sel amer.

Ce monde où l'on doit vivre, oh ! Jugeons-le, mon âme ! Partout haine, bassesse, ou jalousie infâme ; Nulle pitié ; le sang, l'or dieu, la fausseté, Et sous tous ses aspects l'ignoble lâcheté !

Non, ce n'est pas assez pour le chevreuil timide De n'aimer que les bois et la feuillée humide : Il a pour fuir les loups des pieds aériens, Et deux rameaux aigus pour éventrer les chiens.

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