DE vos jardins, signera, Cette plainte coulera, Aux vins de Chypre et d’Asie Sur les myrtes adoucie.
Venise, ah ! tes grands revers Assez troubleront mes vers : Aujourd’hui mes pleurs à celle Qui fut Venise la Belle,
La ville du carnaval Et du luxe oriental Quand sous les masques de soie S’ébattaient amour et joie.
Tout finit ! hélas ! hélas ! Pour l’amour sonnons un glas. Pour lui, mes sœurs et mes frères, Tristement vidons nos verres.
Hélas ! j’ai vu, l’autre jour, Conduire eu terre un Amour, Un Amour mort de vieillesse : Il avait trois ans, comtesse.
Vingt autres enfants, les fils De la divine Cypris, Roses ou blancs comme neige. Formaient le gentil cortège,
Portant sur leurs fronts bouclés Et de leurs bras potelés Leur frère Amour, noble et sage Comme n’en vit point notre âge.
Bouquets et rubans flétris L’entouraient, tristes débris, Dards émoussés par les âmes, Arc brisé, torches sans flammes.
Puis des Amours à genoux. Lisant de vieux billets doux, Au passage de la bière Semblaient dire leur prière.
Et ce n’étaient que sanglots, Larmes coulant à longs flots De ces bouches toutes rondes Et de ces paupières blondes.
Un seul, railleur et narquois, Disait, brisant son carquois : « Lequel de nous le va suivre ? Amour ne peut longtemps vivre. »
Aux jardins de la Brenta Ainsi ma plainte éclata, Non sans grâce tempérée Par vous, ô liqueur dorée !
Puis ma voile, grand linceul, Me ramena triste et seul : Aux rencontres des gondoles Plus de vives barcarolles ;
Mais l’aigre pleur des courlis Du canal rasant les plis, Ou la voix des sentinelles Qui se répondent entre elles.
Tout est muet, tout est noir, Comme au fond du désespoir : Dans les palais, dans les âmes. Plus d’amour ni plus de flammes.
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