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1874

En revenant du Lido

Auguste BRIZEUX

OH ! malheur à celui dont la mâle constance Veut braver sa fortune et braver l’existence ; Qui, cent fois éprouvé, mais sourd à la frayeur, S’obstine au fol espoir d’un avenir meilleur :

Au livre où de tout temps nos heures sont prédites Ses yeux ne liront plus que des lignes maudites ; L’inflexible destin, d’un doigt mystérieux, Trace autour de ses pas un cercle impérieux,

Et riant des combats où s’use sa faiblesse, Dans le cercle fatal le ramène sans cesse, Tant qu’épuisé d’efforts il tombe sans appui. Victime de lui-même et victime d’autrui.

Lido ! Lido ! j’ai vu tes grèves désolées, Ton sable jaune et fin, où confuses, mêlées, On retrouve le soir les traces des serpents Au soleil de midi déroulés et rampants :

Ici venait Byron ; d’un œil mélancolique Il regardait au loin briller l’Adriatique, Ou, pour dompter son âme, il poussait au galop Son coursier hennissant au bruit de chaque flot,

Et le noble animal écrasait les vipères Qui gagnaient en sifflant leurs venimeux repaires… Non, non, j’avais mal dit ! Le courageux est fort, Marchons sur les serpents et triomphons du sort.

Ah ! si, tels que Jésus heureux dans les supplices, Souvent vous ne mettiez dans vos pleurs vos délices, Songeant que les pervers ne savent ce qu’ils font, Ou si dans un mépris silencieux, profond,

Vous n’aimiez à garder vos amères pensées, Comme dans l’Arsenal des flèches amassées, Hommes doux mais puissants, tout à coup au grand jour Montrez l’âpre vigueur que cache en vous l’amour,

Saisissez le méchant, serrez-le sans relâche, Et bientôt vous verrez pâlir le front du lâche !

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