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1874

En passant à Kemper

Auguste BRIZEUX

LE double flot coulait sonore et clair Au confluent de l’Odet et du Ster ; Comme un géant hurlant dans les vallées La cathédrale envoyait ses volées,

Et Corentin et le roi Grâlon-Maur Sur les deux tours semblaient régner encor ; Tous les Esprits et les Saints d’Armorique M’apparaissaient dans la cité celtique…

Jean La Fontaine ! alors je t’arrachai Un noir feuillet de malice entaché « Aux flots bretons va, feuille champenoise, Dis-je en riant, tombe, ô feuille sournoise !

« Tout voyageur sur tes bords arrêté Doit ce tribut, Kemper, à ta beauté : « C’est une fable et qu’après un long somme Pourra rimer, là-bas, notre bonhomme.

« Il sied vraiment de se moquer d’autrui Aux malheureux nés dans Château-Thierry ! » Et cependant sous nos vieilles murailles Gaîment passaient les filles de Cornouailles,

Et laboureurs avec leurs longs cheveux, Portant la braie ainsi que leurs aïeux ; Tout verdissait sur la haute montagne ; Tout se mêlait, la ville et la campagne :

Le double flot coulait sonore et clair Au confluent de l’Odet et du Ster.

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