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1874

Accord

Auguste BRIZEUX

LA vague qui roulait menaçante la veille, Sous le soleil levant brilla calme et vermeille ; Or, tandis qu’à mes pieds, vague, tu t’apaisais. J’allais sondant la vie et, pensif, je disais :

C’est là notre destin : l’homme est, à son aurore, Un tout harmonieux qui cependant s’ignore ; Il suit son innocence avec sécurité, Et s’en va plein de foi, de douceur, de gaîté ;

Mais l’ombre vient, la route à ses regards s’efface, Et de son conducteur l’enfant quitte la trace. À travers les détours de ce voyage obscur Il cherche un autre ami moins riant et plus sûr ;

Longtemps il erre seul : enfin sa conscience Comme un guide éprouvé lui donne la science ; Et ses forces, trouvant leur accord à la fois, Forment un nouveau tout et qui comprend ses lois.

Bien heureux désormais quand l’épreuve est finie, Et que son être entier n’est plus qu’une harmonie, S’il se complaît lui-même en sa tranquillité Et s’il ne brise plus cette sage unité !

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