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1815

MARGOT

Pierre-Jean BÉRANGER

Chantons Margot, nos amours, Margot leste et bien tournée, Que l'on peut baiser toujours, Qui toujours est chiffonnée.

Quoi ! L'embrasser ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Moquons-nous de ce Blaise : Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

D'un lutin c'est tout l'esprit ; C'est un cœur de tourterelle. Si le matin elle rit, Le soir elle vous querelle.

Quoi ! Se fâcher ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Voilà comme on l'apaise : Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

Le verre en main, voyez-la ; Comme à table elle babille ! Quel air et quels yeux elle a Quand le champagne pétille !

Quoi ! L'air décent ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Mets ta pudeur à l'aise : Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

Qu'elle est bien au piano ! Sa voix nous charme et nous touche. Mais devant un soprano Elle n'ouvre point la bouche.

Quoi ! Par pitié ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Ici point d'Albanèse : Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

L'amour, à point la servant, Fait pour Margot feu qui flambe ; Mais par elle il est souvent Traité par-dessous la jambe.

Quoi ! Par-dessous ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Il faut bien qu'il s'y plaise : Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

Margot tremble que l'hymen De sa main ne se saisisse ; Car elle tient à sa main, Qui parfois lui rend service.

Quoi ! Pour broder ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Que fais-tu sur ta chaise ? Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

Point d'éloges incomplets, S'écrîra cette brunette : À moins de douze couplets, Au diable une chansonnette !

Quoi ! Douze ou rien ? Dit un sot. Oui, c'est l'humeur de Margot. Nous t'en promettons treize : Viens, Margot, viens, qu'on te baise.

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