Skip to content
1815

MA VOCATION

Pierre-Jean BÉRANGER

Jeté sur cette boule, Laid, chétif, et souffrant ; Étouffé dans la foule, Faute d'être assez grand ;

Une plainte touchante De ma bouche sortit ; Le bon Dieu me dit : chante, Chante, pauvre petit !

Le char de l'opulence M'éclabousse en passant ; J'éprouve l'insolence Du riche et du puissant ;

De leur morgue tranchante Rien ne nous garantit. Le bon Dieu me dit : chante, Chante, pauvre petit !

D'une vie incertaine Ayant eu de l'effroi, Je rampe sous la chaîne Du plus modique emploi.

La liberté m'enchante, Mais j'ai grand appétit. Le bon Dieu me dit : chante, Chante, pauvre petit !

L'amour, dans ma détresse, Daigne me consoler ; Mais avec la jeunesse Je le vois s'envoler.

Près de beauté touchante Mon cœur en vain pâtit. Le bon Dieu me dit : chante, Chante, pauvre petit !

Chanter, ou je m'abuse, Est ma tâche ici-bas. Tous ceux qu'ainsi j'amuse Ne m'aimeront-ils pas ?

Quand un cercle m'enchante, Quand le vin divertit ; Le bon Dieu me dit : chante, Chante, pauvre petit !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
MA VOCATION · Pierre-Jean BÉRANGER · Poetry Cove