Tu veux que pour toi je compose
Un long roman qui fasse effet.
À tes vœux ma raison s'oppose ;
Un long roman n'est plus mon fait.
Quand l'homme est loin de son aurore,
Tous les romans deviennent courts ;
Et je ne puis long-temps encore
Prolonger celui des amours.
Heureux qui peut dans sa maîtresse
Trouver l'amitié d'une sœur !
Des plaisirs je te dois l'ivresse,
Et des tendres soins la douceur.
Des héros, des prétendus sages
Les longs romans, qui font pitié,
Ne vaudront jamais quelques pages
Du doux roman de l'amitié.
Triste roman que notre histoire !
Mais, Sophie, au sein des amours,
De ton destin, j'aime à le croire,
Les plaisirs charmeront le cours.
Ah ! Puisses-tu, vive et jolie,
Long-temps te couronner de fleurs,
Et sur le roman de la vie
Ne jamais répandre de pleurs !