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1815

LES PARQUES

Pierre-Jean BÉRANGER

Sages et fous, gueux et monarques, Apprenez un fait tout nouveau : Bacchus a vidé son caveau Pour remplir la coupe des Parques.

C'est afin de plaire aux amours, Qui chantaient d'une voix sonore : Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours !

Du monde éternelle ennemie, Atropos, au fatal ciseau, Buvant à longs traits et sans eau, Sur la table tombe endormie ;

Mais ses deux sœurs filent toujours, Souriant à qui les implore. Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours !

Lachésis, remplissant sa tasse, S'écrie : Atropos dort enfin ! Mais trop sec, hélas ! Et trop fin, Je crains que mon fil ne se casse.

Pour le tremper ayons recours À ce nectar qui me restaure. Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours !

Garnissant sa quenouille immense, Clotho lui dit : oui, travaillons ; De vin arrosons les sillons Où de mon lin croît la semence.

Cette rosée aura toujours Le pouvoir de la faire éclore. Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours !

Quand ces Parques, vidant bouteille, Filent nos jours sans nul souci, Nous qui buvons gaîment ici, Craignons qu'Atropos ne s'éveille.

Qu'elle dorme au gré des amours, Et répétons à chaque aurore : Que tout mortel ajoute encore Des jours heureux à ses beaux jours !

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