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1815

LES MARIONNETTES

Pierre-Jean BÉRANGER

Les marionnettes, croyez-moi, Sont les jeux de tout âge : Depuis l'artisan jusqu'au roi, De la ville au village ;

Valets, journalistes, flatteurs, Dévotes et coquettes, Ah ! Sans compter nos grands acteurs, Combien de marionnettes !

L'homme, fier de marcher debout, Vante son équilibre : Parce qu'il court et va par-tout, Le pantin se croit libre.

Mais dans combien de mauvais pas Sa fortune le jette ! Ah ! Du destin l'homme ici-bas N'est que la marionnette.

Ce tendron des plus innocents, Que le désir dévore, Au trouble secret de ses sens Ne conçoit rien encore.

Veiller la nuit, rêver le jour, L'étonne et l'inquiète. Elle a quinze ans : ah ! Pour l'amour La bonne marionnette !

Voyez ce mari parisien Que maint galant visite ; Il vous accueille mal ou bien, Vous cherche ou vous évite.

Est-il confiant ou jaloux, À l'air dont il vous traite ? Non : de sa femme un tel époux N'est que la marionnette.

Près des femmes que sommes-nous ? Des pantins qu'on ballotte. Messieurs, sautez, faites les fous Au gré de leur marotte !

Le plus lourd et le plus subtil Font la danse complète ; Et Dieu pourtant n'a mis qu'un fil À chaque marionnette.

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