Amis, entendez les cloches
Qui par leurs sons gémissants
Nous font de bruyants reproches
Sur nos rires indécents.
Il est des âmes en peine,
Dit le prêtre intéressé :
C'est le jour des morts, mirliton, mirlitaine ;
Requiescant in pace !
Qu'en ce jour la poésie
Sème les tombeaux de fleurs ;
Qu'à nos yeux l'hypocrisie
Les arrose de ses pleurs.
Je chante au sort qui m'entraîne
Sur les traces du passé :
C'est le jour des morts, mirliton, mirlitaine ;
Requiescant in pace !
Méchants, redoutez les diables :
Mais qu'il soit un paradis
Pour les filles charitables,
Pour les buveurs francs amis ;
Que saint Pierre aux gens sans haine
Ouvre d'un air empressé.
C'est le jour des morts, mirliton, mirlitaine ;
Requiescant in pace !
Le souvenir de nos pères
Nous doit-il mettre en souci ?
Ils ont ri de leurs misères ;
Des nôtres rions aussi.
Lise n'est point inhumaine ;
Mon flacon n'est point cassé.
C'est le jour des morts, mirliton, mirlitaine ;
Requiescant in pace !
Je ne veux point qu'on me pleure,
Moi, le boute-en-train des fous.
Puissé-je, à ma dernière heure,
Voir nos fils plus gais que nous !
Qu'ils chantent à perdre haleine,
Sur le bord du grand fossé :
C'est le jour des morts, mirliton, mirlitaine ;
Requiescant in pace !