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1815

LE DOCTEUR ET SES MALADES

Pierre-Jean BÉRANGER

Saluons de maintes rasades Ce docteur à qui je dois tant. Mais, pour visiter ses malades, Je crains qu'il n'échappe à l'instant.

À ces soins son art le condamne, S'il vient un message ennemi. Fiévreux, buvez votre tisane ; Laissez-nous fêter notre ami.

Oui, que ses malades attendent ; Il est au sein de l'amitié. Mais vingt jeunes fous le demandent D'un air qui pourtant fait pitié.

De Vénus amants trop crédules, Sur leur état qu'ils ont gémi ! Eh ! Messieurs, prenez des pilules ; Laissez-nous fêter notre ami.

Quoi ! Ne peut-on venir au monde Sans l'enlever à ses enfants ? Certaine personne un peu ronde Réclame ses secours savants.

J'entends ce tendron qui l'appelle : Les parents même en ont frémi. N'accouchez pas, mademoiselle ; Laissez-nous fêter notre ami.

Qu'il coule gaîment son automne, Que son hiver soit encor loin ! Puisse-t-il des soins qu'il nous donne N'éprouver jamais le besoin !

Puisqu'enfin dans nos embrassades Il n'est point heureux à demi, Mourez sans lui, mourez, malades ; Laissez-nous fêter notre ami.

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