Voyez, amis, cette barque légère
Qui de la vie essaie encor les flots :
Elle contient gentille passagère ;
Ah ! Soyons-en les premiers matelots.
Déja les eaux l'enlèvent au rivage
Que doucement elle fuit pour toujours.
Nous qui voyons commencer le voyage,
Par nos chansons égayons-en le cours.
Déja le sort a soufflé dans les voiles ;
Déja l'espoir prépare les agrès,
Et nous promet, à l'éclat des étoiles,
Une mer calme et des vents doux et frais.
Fuyez, fuyez, oiseaux d'un noir présage :
Cette nacelle appartient aux amours.
Nous qui voyons commencer le voyage,
Par nos chansons égayons-en le cours.
Au mât propice attachant leurs guirlandes,
Oui, les amours prennent part au travail.
Aux chastes sœurs on a fait des offrandes,
Et l'amitié se place au gouvernail.
Bacchus lui-même anime l'équipage,
Qui des plaisirs invoque le secours.
Nous qui voyons commencer le voyage,
Par nos chansons égayons-en le cours.
Qui vient encor saluer la nacelle ?
C'est le malheur bénissant la vertu,
Et demandant que du bien fait par elle
Sur cet enfant le prix soit répandu.
À tant de vœux dont retentit la plage,
Sûrs que jamais les dieux ne seront sourds,
Nous qui voyons commencer le voyage,
Par nos chansons égayons-en le cours.