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1815

LE CÉLIBATAIRE

Pierre-Jean BÉRANGER

Du célibat fidèle appui, Je vois avec colère L'amour essuyer aujourd'hui Les larmes de son frère.

Graces, talents, et vertus, Ont droit à mille tributs. Mais un célibataire Ne peut chanter des nœuds si doux :

On n'aura rien à faire Chez de pareils époux. Monsieur prend femme, c'est fort bien, Il la prend jeune et belle :

Mais, comptant ses amis pour rien, Monsieur la prend fidèle. Il faudra dans cinquante ans Célébrer leurs feux constants.

Non, tout célibataire Ne peut chanter des nœuds si doux : On n'aura rien à faire Chez de pareils époux.

Morbleu ! Qui n'aurait de l'humeur En pensant que madame De monsieur fera le bonheur, Bien qu'elle soit sa femme ?

Jours de paix et nuits d'amour ; Le diable y perdra son tour. Non, tout célibataire Ne peut chanter des nœuds si doux :

On n'aura rien à faire Chez de pareils époux. Encor si l'amour avait pris Une dîme en cachette !

Mais le plus heureux des maris, En quittant sa couchette, Demain se pavanera, Et les mains se frottera…

Non, tout célibataire Ne peut chanter des nœuds si doux : On n'aura rien à faire Chez de pareils époux.

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