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1815

LA VIEILLESSE

Pierre-Jean BÉRANGER

Nous verrons le temps qui nous presse Semer les rides sur nos fronts ; Quoi qu'il nous reste de jeunesse, Oui, mes amis, nous vieillirons.

Mais à chaque pas voir renaître Plus de fleurs qu'on n'en peut cueillir ; Faire un doux emploi de son être, Mes amis, ce n'est pas vieillir.

En vain nous égayons la vie Par le champagne et les chansons ; À table, où le cœur nous convie, On nous dit que nous vieillissons.

Mais jusqu'à sa dernière aurore En buvant frais s'épanouir, Même en tremblant chanter encore, Mes amis, ce n'est pas vieillir.

Brûlons-nous pour une coquette Un encens d'abord accueilli, Bientôt peut-être elle répète Que nous n'avons que trop vieilli.

Mais vivre en tout d'économie, Moins prodiguer et mieux jouir, D'une amante faire une amie, Mes amis, ce n'est pas vieillir.

Si long-temps que l'on entretienne Le cours heureux des passions, Puisqu'il faut qu'enfin l'âge vienne, Qu'ensemble au moins nous vieillissions.

Chasser du coin qui nous rassemble Les maux prêts à nous assaillir, Arriver au but tous ensemble, Mes amis, ce n'est pas vieillir.

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