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1815

LA GAUDRIOLE

Pierre-Jean BÉRANGER

Momus a pris pour adjoints Des rimeurs d'école : Des chansons en quatre points Le froid nous désole.

Mirliton s'en est allé. Ah ! La muse de Collé, C'est la gaudriole, Ô gué,

C'est la gaudriole. Moi, des sujets polissons Le ton m'affriole. Minerve dans mes chansons

Fait la cabriole. De ma grand'mère, après tout, Tartufes, je tiens le goût De la gaudriole,

Ô gué, De la gaudriole. Elle amusait à dix ans Son maître d'école.

Des cordeliers gros plaisants Elle fut l'idole. Au prêtre qui l'exhortait, En mourant elle contait

Une gaudriole, Ô gué, Une gaudriole. C'était la régence alors ;

Et, sans hyperbole, Grâce aux plus drôles de corps, La France était folle. Tous les hommes plaisantaient,

Et les femmes se prêtaient À la gaudriole, Ô gué, À la gaudriole.

On ne rit guère aujourd'hui. Est-on moins frivole ? Trop de gloire nous a nui ; Le plaisir s'envole.

Mais au français attristé Qui peut rendre la gaîté ? C'est la gaudriole, Ô gué,

C'est la gaudriole. Prudes, qui ne criez plus Lorsqu'on vous viole, Pourquoi prendre un air confus

À chaque parole ? Passez les mots aux rieurs : Les plus gros sont les meilleurs Pour la gaudriole,

Ô gué, Pour la gaudriole.

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LA GAUDRIOLE · Pierre-Jean BÉRANGER · Poetry Cove