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1815

LA DOUBLE IVRESSE

Pierre-Jean BÉRANGER

Je reposais sous l'ombrage, Quand Nœris vint m'éveiller : Je crus voir sur son visage Le feu du désir briller :

Sur son front Zéphire agite La rose et le pampre vert ; Et de son sein qui palpite Flotte le voile entr'ouvert.

Un enfant qui suit sa trace (son frère, si je l'en crois) Presse pour remplir sa tasse Des raisins entre ses doigts.

Tandis qu'à mes yeux la belle Chante et danse à ses chansons, L'enfant, caché derrière elle, Mêle au vin d'affreux poisons.

Nœris prend la tasse pleine, Y goûte, et vient me l'offrir. Ah ! Dis-je, la ruse est vaine : Je sais qu'on peut en mourir.

Tu le veux, enchanteresse ; Je bois, dussé-je en ce jour Du vin expier l'ivresse Par l'ivresse de l'amour.

Mon délire fut extrême : Mais aussi qu'il dura peu ! Ce n'est plus Nœris que j'aime, Et Nœris s'en fait un jeu.

De ces ardeurs infidèles Ce qui reste c'est qu'enfin, Depuis, à l'amour des belles J'ai mêlé le goût du vin.

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LA DOUBLE IVRESSE · Pierre-Jean BÉRANGER · Poetry Cove