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1815

L'HOMME RANGÉ

Pierre-Jean BÉRANGER

Maint vieux parent me répète Que je mange ce que j'ai. Je veux à cette sornette Répondre en homme rangé :

Quand on n'a rien, Landerirette, On ne saurait manger son bien. Faut-il que je m'inquiète

Pour quelques frais superflus ? Si ma conscience est nette, Ma bourse l'est encor plus. Quand on n'a rien,

Landerirette, On ne saurait manger son bien. Un gourmand dans son assiette Fond le bien de ses aïeux ;

Mon hôte à crédit me traite ; J'ai bonne chère et vin vieux. Quand on n'a rien, Landerirette,

On ne saurait manger son bien. Que Dorval, à la roulette, À tout son or dise adieu : J'y joûrais bien en cachette ;

Mais il faudrait mettre au jeu… Quand on n'a rien, Landerirette, On ne saurait manger son bien.

Mondor, pour une coquette, Se ruine en dons coûteux ; C'est pour rien que ma Lisette Me trompe et me rend heureux.

Quand on n'a rien, Landerirette, On ne saurait manger son bien.

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