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1815

BEAUCOUP D'AMOUR

Pierre-Jean BÉRANGER

Malgré la voix de la sagesse, Je voudrais amasser de l'or : Soudain aux pieds de ma maîtresse J'irais déposer mon trésor ;

Adèle, à ton moindre caprice Je satisferais chaque jour. Non, non, je n'ai point d'avarice, Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

Pour immortaliser Adèle Si des chants m'étaient inspirés, Mes vers, où je ne peindrais qu'elle, À jamais seraient admirés.

Puissent ainsi dans la mémoire Nos deux noms se graver un jour ! Je n'ai point l'amour de la gloire, Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

Que la providence m'élève Jusqu'au trône éclatant des rois ; Adèle embellira ce rêve : Je lui cèderai tous mes droits.

Pour être plus sûr de lui plaire, Je voudrais me voir une cour. D'ambition je n'en ai guère, Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

Mais quel vain désir m'importune ? Adèle comble tous mes vœux. L'éclat, le renom, la fortune, Moins que l'amour rendent heureux.

À mon bonheur je puis donc croire, Et du sort braver le retour ! Je n'ai ni bien, ni rang, ni gloire, Mais j'ai beaucoup, beaucoup d'amour.

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